3.4 Certification
Bon nombre des principaux chocolatiers insistent aujourd’hui sur la nécessaire traçabilité des filières, et collaborent avec plusieurs organismes de certification, dont quatre sont décrits ci-dessous. Les premières expériences ont révélé la difficulté d’appliquer les normes du travail (et encore plus les normes phytosanitaires, moins « visibles ») dans des filières cacaoyères souvent éloignées et complexes, conduisant certains à mettre en question l’avantage de la certification pour les exploitants. L’ICCO a commandé une étude [1] sur les avantages, les inconvénients potentiels et les coûts de la certification pour les exploitants, avec une revue des recherches effectuées sur sa contribution à la « durabilité » du secteur. Il y était indiqué que « La hausse des rendements moyenne de 89 % au Ghana et de 101 % en Côte d’Ivoire – résultant de diverses interventions permises par la certification, telles qu’un meilleur accès aux pesticides, aux engrais, à la formation et donc aux bonnes pratiques agricoles – et la prime par tonne obtenue sont les principaux leviers de l’analyse de rentabilité. » Cependant, les exploitants doivent souvent s’engager à faire un investissement initial (en termes d’argent et d’efforts) et des doutes ont été exprimés sur l’équité de la répartition des primes, en particulier pour les petits exploitants.
Les grands exploitants et les coopératives peuvent tirer parti des activités (sous des angles quelque peu différents) des systèmes de certification :
Certification CEN-ISO : en 2019/2020, le Comité européen de normalisation (CEN) et l’Organisation internationale de normalisation (ISO) ont publié la série de normes ISO 34101 sur le cacao durable et traçable afin d’encourager la professionnalisation de la cacaoculture [2]. Cette norme comporte quatre parties.
- La partie 1, Exigences relatives aux systèmes de management de la durabilité du cacao, vise à aider les utilisateurs à adopter des pratiques efficaces afin de leur permettre d’améliorer leur activité de façon continue.
- La partie 2 concerne les exigences de performance relatives aux critères économiques, sociaux et environnementaux.
- Les parties 3 et 4 définissent les exigences des systèmes de traçabilité et de certification [3].
Les certificateurs risquent donc d’envoyer des « messages » confus aux exploitants avec les récentes initiatives visant à « interdire » d’importants groupes de MdA sans avoir identifié d’autres techniques de lutte phytosanitaire efficaces et viables. Le groupe de travail ECA/CAOBISCO sur les pesticides a indiqué qu’il était essentiel de se coordonner et d’appuyer les activités des autorités de réglementation pertinentes – qui sont les seuls organismes juridiquement compétents actuellement pour interdire les substances dangereuses. La législation de l’UE sur la sûreté alimentaire prévoit une cascade de méthodes qui peuvent être utilisées aux fins des contrôles officiels. La priorité est donnée aux méthodes conformes aux règles ou protocoles internationalement admis, tels que ceux décrits dans les publications du CEN. Par conséquent, la majorité des normes européennes et d’autres produits du CEN en matière de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux sont étayées par des mandats de la Commission européenne sollicitant l’élaboration de méthodes validées d’analyse des denrées alimentaires et des aliments pour animaux. » Le CEN et l’ISO ont conclu « l’Accord de Vienne » (1991) dans l’optique d’éviter les chevauchements de normes.
Fairtrade International (FLO) (http://www.fairtrade.net) : association multi-acteurs à but non lucratif comprenant 28 membres et organisations membres associés. Elle établit des normes sur les conditions de travail et les aspects économiques, mais aussi sur des critères environnementaux et phytosanitaires : « les normes Fairtrade comprennent des exigences de pratiques agricoles préservant l’environnement. Les principaux axes sont les suivants : utilisation minime et sûre de produits agrochimiques, gestion appropriée et sûre des déchets, maintien de la fertilité du sol et des ressources en eau et non-utilisation d’organismes génétiquement modifiés. Les normes Fairtrade n’exigent pas la certification biologique. Cependant, la production biologique est encouragée et récompensée par des prix minimums plus élevés accordés par Fairtrade aux produits issus de l’agriculture biologique. » Elle met l’accent sur la LAI et sur l’emploi de pesticides moins toxiques dans son Document for Small Producer Organizations [4].
Rainforest Alliance (http://www.rainforest-alliance.org) est une organisation non gouvernementale (ONG) internationale fondée en 1987 afin de « constituer une alliance pour protéger les forêts, améliorer les moyens d’existence des agriculteurs et des communautés forestières, défendre leurs droits humains et les aider à atténuer la crise climatique et à s’y adapter » [5]. En collaboration avec un réseau de groupes environnementaux, les exploitants doivent respecter les normes requises pour la protection de la faune et de la flore, les droits des travailleurs et des communautés locales afin de pouvoir obtenir ce label certifié (voir illustration). Associée au Réseau pour l’agriculture durable (SAN : https://www.sanstandards.org), Rainforest Alliance a fusionné avec UTZ en 2018, avec qui elle a publié une Norme pour l’agriculture durable en 2020. Les exploitations agricoles sont soumises à trois types d’exigences pour mettre en oeuvre et mesurer les améliorations, à savoir des exigences essentielles, obligatoires ou librement choisies, pour chaque champ d’application (gestion, traçabilité, revenus, agriculture, social et environnement). La gestion des produits agrochimiques appartient principalement à la catégorie de l’agriculture. Dans le cadre de cette norme, Rainforest Alliance a également publié un document sur la gestion des pesticides contenant une liste de pesticides interdits et de mesures d’atténuation des risques [6].