4.8 Pesticides et pollinisateurs
Une controverse croissante sur les causes du déclin des abeilles (parfois appelé ‘syndrome d’effondrement des colonies’) ces dernières années a maintenant conduit à un moratoire de l’UE sur les néonicotinoïdes : clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame [1] (bien que le cacao soit pollinisé par des moucherons et non pas des abeilles). Ils font l’objet d’un « examen continu des substances actives » de l’UE, et la réévaluation possible du fipronil est également une question d’intérêt pour les producteurs de cacao. [Mise à jour de septembre 2025 : Le fipronil n'est plus approuvé pour une utilisation extérieure dans la protection des plantes en Europe en raison des préoccupations concernant ses effets sur les abeilles en particulier. Il existe certaines tolérances d'importation pour le fipronil dans certains produits, mais pas pour le cacao.]
Les restrictions imposées à la clothianidine, à l’imidaclopride et au thiaméthoxame ont suivi des évaluations de risques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) [2], qui a rendu les conclusions suivantes pour les trois substances :
- Exposition au pollen et au nectar : seule l’utilisation sur des cultures n’attirant pas les abeilles a été considérée comme acceptable.
- Exposition à la poudre : un risque pour les abeilles a été signalé ou n’a pas pu être exclu, avec certaines exceptions telles que l’utilisation sur les betteraves sucrières et les cultures sous serre, ainsi que l’utilisation de certains granules ;
- Exposition à la guttation : la seule évaluation des risques ayant pu être finalisée concerne le maïs traité avec du thiaméthoxame. Dans ce cas, les études sur le terrain démontrent un effet aigu sur les abeilles exposées à la substance par la voie de la guttation.
Les conclusions de l’EFSA contiennent des tableaux énumérant l’ensemble des utilisations autorisées dans l’UE des trois substances pour le traitement des semences et les granules. Par la suite, une restriction d’usage de ces trois substances a été adoptée par la Commission. Cette décision a suivi les votes émis le 15 mars 2013 lors d’une réunion d’experts des États membres dans le cadre d’un comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale et le 29 avril 2013 lors d’un comité d’appel, où les États membres n’ont pas atteint la majorité qualifiée – que ce soit pour ou contre la proposition de la Commission. Le Royaume-Uni est l’un des États qui s’est opposés à cette proposition, sous l’influence d’une évaluation d’études du Département de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales [3] qui associait ces trois nicotinoïdes à des préjudices pour les abeilles. Dans cette revue utile de la littérature, il s’avérait qu’une grande partie des preuves étaient basées sur des travaux en laboratoire et ne seraient normalement pas vérifiées sur le terrain. Le professeur J. Beddington a suggéré que l’UE risquait de ne pas bien comprendre le risque, en affirmant que « cela légitime potentiellement une approche excessivement prudente en l’absence de preuves scientifiques montrant un risque quelconque ».
[Mise à jour de septembre 2025 : le clothianidin, l'imidacloprid, le thiaméthoxam et le thiaclopride ne sont plus approuvés à l'usage au Royaume-Uni en raison de préoccupations concernant la santé des pollinisateurs et/ou des humains, bien que des approbations d'urgence pour des usages spéciaux aient été accordées ces dernières années. Cependant, un récent document de politique (décembre 2024) expose la stratégie pour mettre fin complètement à leur utilisation en Angleterre en raison des risques pour les populations de pollinisateurs]
Aux États-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a également été exhortée par des groupes d’activistes, y compris les apiculteurs, à interdire les néonicotinoïdes. Un rapport de l’USDA [4] décrit plusieurs causes possibles de la diminution des abeilles au niveau national, dont : perte d’habitat, problèmes d’alimentation, maladies, parasites (notamment Varroa destructor) et exposition aux pesticides (y compris les effets sublétaux sur le comportement des abeilles). Les recherches menées jusqu’à présent suggèrent une combinaison de ces facteurs qui serait à l’origine de la diminution de 30 % par an des abeilles depuis 2006. Comme dans l’UE, les contrôles techniques peuvent aider à minimiser le déplacement de poudre sur les sites de graines traitées, de même que d’autres bonnes pratiques agricoles standard.
Les autorités chargées de l’homologation dans les pays producteurs de cacao doivent rester vigilantes et maintenir leur suivi continu des produits pesticides homologués adaptés aux impératifs du XXIe siècle. Cependant, comme pour d’autres cultures, les décideurs politiques doivent également promouvoir une stratégie « d’intensification durable », dans ce cas en maintenant une gamme efficace, variée et appropriée de substances actives représentant : divers (>2) modes d’action pour la lutte contre les principaux parasites du cacao.
Les personnes préoccupées par les politiques sur les pesticides dans la cacaoculture doivent savoir que les néonicotinoïdes et le fipronil sont aujourd’hui en « point de mire » des activistes environnementaux et que leur statut réglementaire en Europe et en Amérique du Nord pourrait changer. Des stratégies à court et moyen terme sont aujourd’hui nécessaires pour gérer ces aspects. En particulier, les insecticides à base d’imidaclopride sont aujourd’hui largement commercialisés dans les pays producteurs de cacao et les cas d’infraction aux LMR semblent en hausse. La prise en compte des quantités indiquées sur les étiquettes (et leur clarté) pour les néonicotinoïdes, les pratiques d’application sur le terrain et les délais avant la récolte dans la cacaoculture sont assurément la priorité pour le personnel chargé de l’homologation et de la vulgarisation.