4.5.3 Herbicides et inhibiteurs de germination

Les herbicides, ou désherbants, représentent la plus grosse part du marché mondial des pesticides, bien que leur usage dans les petites exploitations soit modéré en comparaison avec l’agriculture intensive, l’entretien des espaces publics, etc. Dans la cacaoculture, ils sont probablement plus utilisés dans les grandes plantations commerciales. Ils sont généralement appliqués à un stade précoce pour éviter l’étouffement des jeunes plants par les mauvaises herbes. La lutte est rarement nécessaire une fois la canopée formée (bien que le gui puisse devenir un problème si la cacaoyère n’est pas bien entretenue).

Les herbicides ont été classés de diverses façons et comme pour les pesticides, il existe plusieurs familles de substances chimiques pouvant être regroupées en fonction de leur mode d’action (selon les lettres de la nomenclature HRAC). En pratique, les herbicides sont souvent regroupés selon leur mode d’utilisation :

  • Les herbicides de contact, qui tuent seulement une partie de la plante traitée, tels que les inhibiteurs de la photosynthèse paraquat et diquat (MdA groupe D) ;
  • Les herbicides systémiques - pré-émergents et post-émergents possèdent des composés qui :
    • perturbent la synthèse des acides aminés dans les chloroplastes, par exemple divers sels de glyphosate (groupe G) ;
    • perturbent la division cellulaire des mauvaises herbes à large feuille : cela comprend les auxines de synthèses comme le 2,4-D, le triclopyr et le piclorame (groupe O).

Le triclopyr est un arboricide spécifiquement utilisé dans les campagnes de lutte contre le virus de l’oedème des pousses (CSSVD) afin d’empêcher la repousse des vieux arbres avant de replanter les exploitations avec des variétés de cacao améliorées.

Les registres d’homologations et les études réalisées ont révélé un usage généralisé de glyphosate et de paraquat dans la cacaoculture (parfois dans les « cultures de plantation »). Après l’expiration de son brevet, le glyphosate est devenu le pesticide le plus vendu au monde, généralement sous forme de deux sels (isopropylamine et trimésium) fabriqués par de nombreuses sociétés. Cela peut expliquer pourquoi il a fait l’objet de critiques virulentes au cours de la dernière décennie, son usage continu étant associé à des risques pour la santé (tels qu’un lymphome nonhodgkinien) et, peut-être de façon plus convaincante, à des effets sur le sol et l’environnement [1]

Pour ces raisons, les autorités d’homologation tendent à retirer le glyphosate pour le remplacer par le glufosinate d’ammonium, dont le mode d’action est légèrement différent (voir l’annexe 3).

Il convient de souligner les aspects suivants concernant ces types d’herbicides :

  • Ils sont traités comme des pesticides – sans doute à des fins scientifiques et réglementaires – bien que de nombreuses entreprises commerciales considèrent le désherbage comme une opération spécifiquement agricole (en opposition aux « poisons » utilisés pour la lutte contre d’autres organismes nuisibles) ;
  • Les cultures permanentes comme le cacao ne constitue qu’une très petite part du marché mondial des pesticides, qui y sont principalement utilisés pour le défrichage plutôt que sous forme d’applications régulières dans les cacaoyères établies. À cet égard, les fabricants de produits agrochimiques sont surtout intéressés par leur utilisation sur les cultures annuelles (souvent modifiées génétiquement, p. ex. « compatibles avec le Roundup »).

Le 2,4-D, herbicide à base d’auxine synthétique, a suscité beaucoup d’inquiétude, des résidus étant apparus dans les fèves de cacao provenant de plusieurs pays. Les substances comprennent une série de sels [2], d’acides et d’esters, dont certains sont moyennement volatils (pv de l’acide = 1,9 x 10-2 mPa) et possèdent une odeur caractéristique. Dans certains cas, il s’est avéré que les résidus venaient du sol où le cacao avait été séché (bord de route, cours, etc.), qui avait été traité avec des herbicides, ou exposés à un lessivage après des pluies. L’utilisation de nattes de séchage de fèves de cacao, surélevées par rapport au sol, est donc une recommandation importante pour la qualité sanitaire et phytosanitaire et il est essentiel que l’exposition des fèves de cacao (notamment aux vapeurs) soit évitée à tous les stades de la filière, y compris durant le stockage et le transport.

Herbicides and sprouting inhibitors

En principe :

  • Les herbicides approuvés présentent un risque minime lorsqu’ils sont judicieusement employés pour la gestion des mauvaises herbes en phase d’établissement des arbres
  • … ce qui exige en particulier une application soigneuse : tout écoulement ou éclaboussure sur des zones non-ciblées doit être évité.
  • La précaution et la surveillance sont nécessaires dans toute la chaîne de production et d’approvisionnement en cacao
  • … les résidus d’¡herbicides peuvent provenir de l’extérieur de la cacaoyère.

Dans les pays producteurs de cacao d’Afrique et d’Asie, les herbicides homologués à base de glyphosate restent prédominants, certains composés du groupe 22 – le plus toxique – comme le paraquat étant toujours disponibles en Amérique du Sud (voir l’annexe 3). Ils ne sont peut-être pas spécifiquement homologués pour le cacao mais ils sont couramment employés, notamment pour le défrichage dans les « plantations ».

[1] Kanissery R, Gairhe B, Kadyampakeni D, Batuman O, Alferez F (2019) Glyphosate: Its Environmental Per- sistence and Impact on Crop Health and Nutrition. Plants (Basel). 8(11): 499. Published online doi: 10.3390/ plants8110499.

[2] Many 2,4-D salts dissociate to the acid in water; at pH 7, log P of acid = 0.177, water solubility = 44.6 g/L.