4.5 Groupes de mode d’action (MdA)
Historiquement, les pesticides ont souvent été classés en fonction de leurs groupes chimiques, ce qui est utile pour comprendre les propriétés d’un composé donné (comme décrit ci-dessus). Toutefois, la première entrée fournie pour la plupart des composés dans le Pesticide Manual3 est le groupe de mode d’action (MdA), qui est sans doute la classification des pesticides la plus intéressante pour les biologistes.
Les entrées relatives au MdA peuvent se présenter comme suit : « FRAC G1 », « IRAC 2A » ou « HRAC G ». Du point de vue de l’industrie des pesticides, l’une des principales menaces à la durabilité de l’effet d’un produit et à l’innovation est l’apparition d’une résistance (voir la section 4.6). Les sociétés axées sur la recherche collaborent (sous les auspices de CropLife International) pour mieux comprendre les mécanismes de MdA et travaillent ainsi dans l’intérêt général en atténuant l’émergence d’une résistance.
À l’heure actuelle, les comités spécialisés sont au nombre de quatre :
- Le comité d’action sur la résistance aux fongicides (FRAC, pour Fungicide Resistance Action Committee)
- Le comité d’action sur la résistance aux insecticides (IRAC, pour Insecticide Resistance Action Committee)
- Le comité d’action sur la résistance aux herbicides (HRAC, pour Herbicide Resistance Action Committee)
- Le comité d’action sur la résistance aux rodenticides (RRAC, pour Rodenticide Resistance Action Committee)
Le MdA décrit la manière dont un pesticide attaque certains processus biologiques (qui correspondent souvent à des voies biochimiques particulières dans un type donné de cellules vivantes) chez le parasite. Par exemple :
- Les herbicides sélectifs interfèrent sur un processus photosynthétique particulier dans les chloroplastes des cellules végétales sensibles (c.-à-d. dans les mauvaises herbes, et non les cultures).
- Les insecticides de la famille des pyréthroïdes et des néonicotinoïdes interfèrent sur les cellules nerveuses (et ont un assez large spectre).
- Les phénylamides interfèrent sur des voies de synthèse spécifiques d’acides nucléiques dans des Oomycètes tels que Phytophthora.
La classification des pesticides selon le MdA est importante pour :
- Gérer la résistance (la rotation de 3 MdA ou plus à intervalle saisonnier est souvent efficace) ;
- Comprendre les mécanismes biochimiques conditionnant l’efficacité d’une substance et, en conséquence :
- Déterminer les effets probables (et souvent son délai d’action) sur le parasite visé ;
- Élaborer une classification des pesticides utile pour les biologistes.
Lorsqu’ils pénètrent dans un organisme, les pesticides sont souvent métabolisés - ou transformés - en un ou plusieurs composés chimiques différents. Les métabolites (dérivés de cette transformation) peuvent être soit plus toxiques, soit moins toxiques que l’ingrédient pesticide de départ. Au fil du temps, un organisme devient éventuellement capable de métaboliser certains pesticides en des métabolites non toxiques, et sa survie ou destruction peut alors dépendre de la rapidité avec laquelle le composé sera transformé avant que l’activité toxique ne soit atteinte ou ne devienne irréversible. En revanche, certains pesticides sont efficaces uniquement après avoir été métabolisés en un composé létal dans l’organisme.
Le MdA déterminera souvent le spectre d’action, c’est-à-dire la mesure dans laquelle un pesticide distingue entre des organismes cibles et non-cibles. Un pesticide sélectif affecte une gamme très étroite d’espèces en dehors du parasite visé. Le produit chimique lui-même peut être sélectif en ce qu’il n’affectera pas des espèces non-cibles ou en ce qu’il peut être utilisé sélectivement de manière à ce qu’un contact avec des espèces non-cibles soit évité. Les pesticides non sélectifs détruisent une gamme très large de mauvaises herbes, d’insectes, d’organismes responsables de phytopathologies, etc.