4.5.2 Fongicides

Le terme « fongicide » désigne, comme son nom l’indique, les agents de lutte contre les champignons. Cependant, ces substances peuvent aussi agir contre les oomycètes (moisissures aquatiques), important groupe d’organismes comprenant Phytophthora sp. mais qui est désormais classé dans un règne complètement différent (Chromalveolata).

Les fongicides les plus communément employés sont probablement divers composés du cuivre, qui sont actifs contre un large spectre de maladies des plantes. Le cuivre risque davantage d’avoir un impact sur le sol/l’environnement. Ces composés sont essentiellement des fongicides de contact, et il serait donc difficile de distinguer les taux dus aux applications exogènes des teneurs usuelles mesurées lors de l’analyse des résidus. La LMR pour les ions de cuivre est fixée à 50 mg/kg. Les producteurs biologiques continuent d’être autorisés à utiliser le cuivre, encore que de manière restreinte (voir la section 3.4.2). Le MdA des composés du cuivre est qualifié de multi-site (groupe M1 du FRAC), le risque de résistance au fongicide étant donc considéré comme faible.

Les phénylamides (groupe A1 du FRAC) ont une action protectrice, curative et systémique contre Phytophthora, interférant sur les voies de synthèse de l’ARN nucléaire des oomycètes. Le métalaxyl a été découvert par Ciba Geigy (aujourd’hui Syngenta) en 1977. Il consiste en plusieurs isomères (composés ayant la même formule mais une disposition différente des atomes dans la molécule et des propriétés distinctes) et on a par la suite découvert que l’un de ces isomères, le métalaxyl-m, affiche l’activité biologique la plus marquée. L’entreprise a breveté cet isomère en 1996 sous le nom de méfénoxam (commercialisé sous la dénomination « Ridomil-gold »), doublant ainsi la durée de vie effective du brevet. Les analyses des résidus et demandes d’homologation déposées dans l’UE font exclusivement référence à cet isomère, qui est effectivement une substance nouvelle à l’Annexe 1 de l’UE/91/414 (confirmée par la législation 02/64/CE). Syngenta a effectué des essais supervisés sur les résidus conformes aux BPA sur des fèves sèches fermentées en utilisant les méthodes de traitement locales afin d’établir les LMR de ce produit. Les essais sur les résidus ont inclus des applications de méfénoxam au taux de 90 g/ha (le double du taux normal). La situation du métalaxyl, jusqu’à présent non résolue (chimiquement) dans la législation de l’UE, a maintenant été clarifiée et la LMR comprend les mélanges de tous les isomères constitutifs, y compris le métalaxyl-M (c.-à-d. la somme des isomères).

Metalaxyl

Les analyses des résidus se sont récemment concentrées sur le métalaxyl et le bénalaxyl, notamment parce qu’il est possible que les exploitants l’appliquent dans le mois qui précède le délai avant la récolte (DAR : l’un des principaux moyens de diminuer des taux de résidus élevés). Les activités de vulgarisation doivent donc être axées sur une application en temps voulu (suivi régulier) et sur l’application exclusive de fongicides au cuivre à l’approche de la récolte. On estime par ailleurs qu’il y a un risque élevé de résistance de Phytophthora sp. à ces IA et les sociétés agrochimiques ont lancé des MdA alternatifs. Les fongicides à base d’amide d’acide carboxylique (groupe H5 FRAC, précédemment dans le groupe F5) altèrent le dépôt de la paroi cellulaire (les parois cellulaires des oomycètes diffèrent des champignons et contiennent de la cellulose-glucane plutôt que de la chitine). Deux IA, le diméthomorphe et le mandipropamide, sont désormais homologués pour lutter contre Phytophthora dans le cacao et assurent la diversité de MdA hautement nécessaire pour la gestion de la résistance (le diméthomorphe n'est plus approuvé pour une utilisation dans l'UE depuis mai 2024).

  Code FRAC Solubilité (mg/l ou ppm) log P (KOW) Classe tox. OMS (IA) Statut rég. UE
Métalaxyl (~M isomère) A1 (4) 8400 (2600) 1.75 (1.71) III Y
bénalaxyl-M A1 (4) 28.6 3.54 III Y
diméthomorphe (DMM) H5 [1] 18 (pH 7) 2.63 III N
Mandipropamide H5 [1] 4.2 3.3 IV Y

Tableau 4.2 Propriétés de certains fongicides systémiques actuellement utilisés contre la pourriture noire du cacao

Les groupes de MdA issus de la « nouvelle chimie » ayant un effet contre les oomycètes, y compris les composés des groupes FRAC F5 et C8 (QxI : Quinone x Inhibiteur), sont désormais homologués (voir les annexes 3 et 4) dans de nombreux pays producteurs de cacao. Les agents de lutte à base de cuivre restent prédominants sur le marché, avec des mélanges de plusieurs IA comprenant le métalaxyl et des produits chimiques plus récents. Les applications de produits contenant uniquement du cuivre en fin de campagne (peu avant la récolte) présent probablement un risque de dépassement du seuil de résidus plus faible que les mélanges, mais ces derniers sont importants pour la gestion de la résistance.

[1] Site cible groupe H : biosynthèse de la paroi cellulaire – code FRAC 40 – précédemment dans le site cible du groupe F5 FRAC