7.2.3 Insectes
Mirides
Dès le début du XXe siècle, les mirides du cacaoyer (Sahlbergella singularis et Distantiella theobromae, également appelées capsides) ont été signalées en Afrique de l’Ouest [1]. Ces insectes sont devenus les ravageurs les plus dévastateurs dans la région, avec des pertes annuelles de rendement estimées à plus de 200 000 tonnes. Ils offrent un exemple d’exposition à des parasites « étrangers » – les cacaoyers, qui provenaient de la région amazonienne de l’Amérique du Sud et ont été introduits en Afrique de l’Ouest au XIXe siècle, ont été infestés par des insectes locaux qui s’étaient adaptés à cette nouvelle source de nourriture. De même, un complexe d’insectes réellement nuisibles (appelés Hemiptera) s’est adapté au cacaoyer en Asie du Sud-Est, notamment plusieurs espèces de mirides du genre Helopeltis.
Les nymphes et les adultes de S. singularis et de D. theobromae causent des dommages économiques dans les cacaoyères du fait qu’ils se nourrissent des pousses et des cabosses immatures en perçant et en suçant la sève avec leurs organes buccaux en forme d’aiguille. L’alimentation des mirides entraîne des lésions sur les tiges, les branches et les cabosses immatures qui peuvent conduire à des infections fongiques secondaires et à des chancres. Les cabosses matures ne subissent pas de dommages internes importants, mais les lésions circulaires foncées classiques sont généralement les premiers symptômes visibles. Les cabosses plus jeunes (moins de trois mois) ont moins de chances de survivre à ces dégâts :
L’ouvrage d’Entwistle [2] reste la meilleure vue d’ensemble du développement originel de mesures de lutte contre les mirides. Les techniques d’application d’un insecticide dans les cacaoyères demeurent essentiellement fondées sur des expériences menées dans les années 60, durant lesquelles le composé organochloré gamma-HCH (également désigné sous les noms de BHC ou de lindane) était l’IA préconisé. Deux propriétés de cette substance, la persistance et l’action par fumigation (pv = 4,4 mPa), ont contribué à surmonter les insuffisances associées aux techniques d’application et son utilisation est demeurée répandue jusqu’aux années 90. Comme pour d’autres parasites, la résistance (voir la section 4.6) des mirides du cacaoyer à ce composé organochloré qui a été détectée dans les années 1950 a imposé le développement d’une stratégie de gestion raisonnée de la résistance aux insecticides (IRM, pour Insecticide Resistance Management). Une approche fructueuse a consisté à alterner le composé avec d’autres insecticides à MdA différent dans le but de réduire la pression de sélection qui serait favorisée par un effet sur une voie biochimique unique. Les premiers criblages de produits chimiques effectués des années 60 au début des années 90 ont été axés sur les carbamates (groupe 1A de l’IRAC) et sur les composés organophosphorés (OP, groupe 1B). Parmi les IA dont l’utilisation est répandue, citons les carbamates propoxur (pv = 1,3 mPa) et promécarbe (pv = 1,4 mPa) ; le chlorpyrifos (disponible sous forme de composés de méthyle et d’éthyle), le diazinon, et le pirimiphos-méthyl en ce qui concerne les OP ; et l’endosulfan (pv = 0,83 mPa) pour les composés organochlorés (groupe 2 de l’IRAC).
La plupart de ces composés ont désormais été retirés et leur action fumigène est considérée inacceptable dans le développement de nouveaux pesticides.
- La lutte actuelle fait souvent appel aux insecticides pyréthroïdes (groupe 3) et néonicotinoïdes (groupe 4A) comme l’imidaclopride et le thiaméthoxame. Ces derniers sont intéressants du fait de leur action systémique et de leur toxicité relativement faible pour les mammifères, mais des inquiétudes ont été émises à propos de l’impact possible des néonicotinoïdes nitro-substitués (tableau 4.1) sur les abeilles et d’autres insectes pollinisateurs. La pulvérisation devrait être fondée sur un suivi mensuel des dégâts provoqués par les mirides mais elle est probablement effectuée à intervalle saisonnier.
- Lorsque les foyers se limitent à des zones limitées, une pulvérisation localisée peut être recommandée pour réduire la quantité d’insecticides utilisée.
- Les pratiques culturales conseillées consistent à éliminer régulièrement les gourmands, qui constituent des points supplémentaires de ponte et d’alimentation, et à maintenir une canopée continue. Lorsque la canopée est interrompue, les nouvelles pousses facilitent l’alimentation des mirides – il est possible de planter du plantain pour combler rapidement les vides dans la canopée.
- Les recherches sur des méthodes de lutte alternatives continuent, les deux lignes de recherche actuelles étant (i) la manipulation de phéromones pour mirides (attractifs sexuels pour améliorer le suivi mais pas pour la lutte [3]) et (ii) l’utilisation de biopesticides (extrait de plantes/huiles et mycoinsecticides). Des épidémies de ravageurs sont souvent observées quand les populations ne sont plus contrôlées par leurs prédateurs naturels (qui, dans le cas des insectes hémiptères, englobent des champignons pathogènes spécifiques des insectes). Les mycoinsecticides sont souvent des spores issues de ces champignons, qui peuvent être appliqués comme le seraient des produits chimiques.
- Une publication de 2015 du CRIG, au Ghana [4], propose une approche plus intégrée/ciblée de lutte contre les mirides basée sur le suivi régulier, la prévision et des recommandations spécifiques à chaque exploitation selon l’ampleur des dégâts provoqués par les mirides, afin de réduire les applications d’insecticides tout au long de l’année.
Autres hétéroptères : punaise verte/diabolique du cacao À noter que Sahlbergella et Distantiella (i) englobent différentes espèces, (ii) font partie d’une série de genres étroitement apparentés (dans la tribu Dicyphini, sous-tribu Odoniellina, provenant toutes d’Afrique) et (iii) semblent avoir eu une importance variable selon l’époque et la
zone cacaoyère. Helopeltis et Monalonion appartiennent également à une sous-tribu différente (Monaloniina) et il est encore possible que de nouvelles espèces d’insectes suceurs nuisibles soient identifiées. Une autre punaise nuisible, qui semble gagner en importance, est la grande punaise verte (environ 22 mm) Bathycoelia thalassina, qui se nourrit de
cabosses de cacao en développement, les adultes provoquant en particulier des dégâts sur les fèves. L’importance de cette espèce, observée pour la première fois dans les années 1960 [5], peut être due à une résurgence (section 4.6) résultant de la pulvérisation d’insecticides.