1.2 La production de cacao dans le monde
La nature de la production cacaoyère a considérablement évolué depuis un siècle, avec des changements substantiels non seulement dans la façon de cultiver le cacao, mais aussi dans la localisation géographique de la production. Des informations sur l’emplacement et les volumes de production sont disponibles auprès d’une série de sources, telles que l’Organisation internationale du cacao (ICCO) et l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO).
Le graphique ci-dessus (fig.1.2) illustre les tendances de la production de fèves de cacao dans les 12 principaux pays producteurs lors de la dernière décennie. Ces pays représentent environ 95 % de la production mondiale totale. Sur des périodes plus longues, des changements radicaux se sont produits. Originaire des Amériques, la cacaoculture s’est progressivement étendue sur ce continent (y compris les Caraïbes), qui représentait encore approximativement 80 % de la production mondiale en 1900. En 1980, cette part avait chuté à environ 36 %, puis à 12 % en 2000. Cela était dû à de nombreux facteurs, en particulier la pression des maladies sur cette culture. En contraste, la production africaine a augmenté, passant de 16 % en 1900 à un peu plus de 70 % de la production mondiale, et se maintient aujourd’hui à ce niveau. La production de la région Asie-Pacifique, actuellement dominée par l’Indonésie, est passée d’environ 5 % à 19 % au cours du XXe siècle, mais ne dépasse pas aujourd’hui 15 %, en partie à cause des insectes ravageurs. Les prévisions actuelles pour la campagne 2020/21 situent la production mondiale à un peu plus de 5 millions de tonnes, l’Afrique représentant 77 % de la production, les Amériques 17 % et l’Asie et l’Océanie 6 % (fig. 1.3) [1].
Trois pays d’Amérique, l’Équateur, le Pérou et la Colombie, ont affiché des hausses de production depuis 10 ans, tout comme la Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial. Les statistiques des pays ayant produit récemment plus de 100 000 tonnes de fèves de cacao par an sont indiquées dans le tableau 1.1.
| Production | Superficie de production (ha) | Rendement moyen kg/ha | Évolution en % sur 10 ans | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2019/2020 (1,000t) | FAO 2020 | Est. ICCO 2019/2020 | FAO (2020) | ICCO | rendement | superficie | |
| Côte d'Ivoire | 2130 | 4,075,644 | 4,250,951 | 523 | 454 | -25% | 69% |
| Ghana | 806 | 1,678,504 | 1,628,493 | 480 | 511 | -14% | -1% |
| Indonesia | 210 | 1,656,144 | 1,642,270 | 127 | 131 | -50% | -8% |
| Ecuador | 325 | 476,213 | 488,518 | 683 | 633 | 35% | 29% |
| Cameroon | 280 | 632,372 | 642,465 | 443 | 440 | 35% | -3% |
| Nigeria | 260 | 1,191,877 | 1,232,443 | 218 | 198 | 2% | 2% |
| Brazil | 188 | 634,557 | 621,389 | 297 | 325 | 4% | -12% |
| Peru | 146 | 136,811 | 135,203 | 1,068 | 1,019 | 43% | 64% |
Tableau 1.1 Estimations de la production de fèves, de la superficie cultivée et de l’évolution dans les principaux pays producteurs. Les statistiques tendent à fluctuer et le pourcentage d’augmentation/diminution a été calculé à partir des deux premières années et des deux dernières années de la décennie.
Les écarts peuvent s’expliquer par de nombreux facteurs, comprenant bien sûr les politiques et les décisions des exploitants, s’ajoutant à l’impact de la fertilité, aux ravageurs et à d’autres facteurs agronomiques. La plupart des cacaoculteurs sont des petits exploitants qui réduisent généralement au minimum leurs intrants pour la lutte phytosanitaire et qui ne sont pas nécessairement disposés ou en mesure d’investir leur temps ou leurs ressources dans cette lutte lorsque les prix du cacao sont faibles. Les pertes de cacao dues aux maladies à l’échelle mondiale sont souvent estimées à 30-40 % par ans, comme l’indiquent les rapports. Cette estimation ne comprend pas les pertes dues aux insectes ravageurs. Si ces estimations sont à peu près exactes, cela signifie que les pertes de rendements dues aux ravageurs et aux maladies ont une répercussion considérable sur les revenus des exploitants. En Asie, on sait que cela les a conduits à prendre des décisions économiques difficiles, délaissant la production de cacao pour des cultures plus rentables comme les arbres fruitiers. En Indonésie (et en Malaisie à la fin du siècle dernier), les coûts de main d’oeuvre et de protection des cultures ont été des facteurs décisifs, en particulier pour la lutte contre un « nouvel arrivant » parmi les ravageurs : le foreur de cabosse. En Amérique centrale et du Sud, la propagation des maladies dues à Moniliophthora qui ont « coévolué » – le balai de sorcière et la moniliose des cabosses – a provoqué de lourdes chutes de la production, la dernière d’entre elles étant susceptible de réduire les rendements de plus de 80 %. Les maladies provoquées par Phytophthora megakarya (pourriture noire) et l’oedème des pousses du cacaoyer (CSSV) ont causé des problèmes majeurs en Afrique de l’Ouest, la gestion de cette dernière ayant donné lieu à des campagnes d’abattage massif pour tenter d’enrayer la propagation du virus en Côte d’Ivoire et au Ghana.