1.3 La nécessité de comprendre et de traiter les problèmes liés aux ravageurs du cacao et à leur gestion
Dans de nombreuses zones cacaoyères, la production est entravée par les maladies de la pourriture noire (Phytophthora spp.), et les exploitants procèdent à des pulvérisations régulières de composés de cuivre et d’autres fongicides qui se sont révélés efficaces [1]. En revanche, deux maladies fongiques, appartenant au genre Moniliophthora, constituent une sérieuse menace pour la cacaoculture en Amérique latine, où on pense qu’elles ont coévolué avec le cacao et d’autres plantes de la tribu Theobromateae, ce qui les rend beaucoup plus difficile à maîtriser.
Les travaux de l’Angiosperm Phylogeny Group (APG4) peuvent sembler assez académiques mais ils peuvent également être pertinents sur le plan pratique, notamment pour les méthodes de lutte culturale. Celles-ci continuent de constituer la base des stratégies de lutte antiparasitaire intégrée (LAI) pour la plupart des cultures, en particulier pour le complexe de ravageurs associé au cacaoyer, Theobroma cacao. Les pratiques culturales sont analysées plus en détail dans d’autres sources (recommandations nationales et guides généraux [2]), mais la minimisation de l’utilisation de pesticides doit être inévitablement liée à la culture de plantes saines, une attention particulière devant être accordée aux hôtes facultatifs potentiels et aux autres mesures phytosanitaires (chapitre 7). Lorsque le cacao a été introduit en Afrique et en Asie, un certain nombre de « nouveaux » insectes et maladies, tels que les mirides, sont rapidement devenus prévalents à mesure que cette culture s’est étendue dans les pays. Les principaux problèmes liés aux ravageurs sont résumés dans le tableau 1.2, la pourriture noire Phytophthora étant particulièrement importante et étant probablement à l’origine de la majeure partie de l’utilisation de pesticides dans la cacaoculture. La présence de P. megakarya n’a été observée qu’en Afrique centrale et de l’Ouest et a été isolée de nombreuses espèces de plante différentes mais ne semble pas entraîner de symptômes significatifs, et l’hôte forestier initial reste encore à identifier à ce jour [3]. On pense que la maladie de l’oedème des pousses du cacaoyer (CSSVD) provient d’Adansonia, Ceiba, Cola et Sterculia – appartenant toutes aux Malvaceae ; la reclassification montre que des « hôtes facultatifs potentiels » peuvent se situer au niveau de la famille ou à un niveau antérieur. Les fondements scientifiques de ces problèmes clés font l’objet de révisions continues à partir de plusieurs voies de recherche. De même, il n’y a probablement pas de coïncidence dans le fait que les principaux « capsides » ravageurs du cacao (Miridae), prévalents dans différentes régions, viennent tous de genres très proches (de la tribu Dicyphini) et généralement oligophages pour les malvacées.
Il y a maintenant plus de 60 ans que les pesticides sont utilisés dans la production cacaoyère, depuis les premières recherches significatives effectuées indépendamment à l’ancien Institut de recherche sur le cacao de l’Afrique occidentale (maintenant constitué des instituts de recherche du Ghana et du Nigeria), au Brésil, en Équateur, au Cameroun, au Costa Rica, en Côte d’Ivoire, en Indonésie et en Malaisie.
Dès le début des années 70, plusieurs techniques de contrôle efficaces se sont révélées « établies » et peu de raisons ont incité à un changement jusqu’à ce que la sensibilisation à l’impact sur l’environnement augmente dans les années 1990. Parmi ces préoccupations, la plus notable à cette époque concernait l’utilisation du lindane dans la lutte contre les parasites du cacao ; cette substance a finalement été graduellement supprimée – mais pas avant le début du XXIe siècle dans certains pays. De nombreux exploitants pensent que les pesticides fonctionnent, tout au moins contre certains ravageurs du cacao, et ils continuent de les utiliser – les pratiques variant selon le ravageur et le pays (tableau 1.2).
| Ravageur du cacao | Région | Usage | |
|---|---|---|---|
| Pourriture noire des cabosses | Phytophthora spp. | Répandu | 1-2 |
| - notamment: | P. megakarya | Afrique c. et o. | 1 |
| Maladie du balai de sorcière | Moniliophthora (Crinipellis) perniciosa | Amérique latine | 2-3 |
| Moniliose des cabosses | Moniliophthora roreri | Amérique latine | 2-3 |
| Capsides (Miridae) | Sahlbergella singularis, Distantiella theobromae | Afrique c. et o. | 1 |
| Helopeltis and related spp. | Afrique c. et o. | 1-2 | |
| Monalonion spp. | Amérique latine | 2-3 | |
| Virus de l’oedème des pousses du cacaoyer (CSSV, pour « cocoa swollen shoot virus ») | Vecteurs : cochenilles telles que Planococcoides njalensis | Afrique o. | 3 |
| Vertébrés (nombreuses sp. variant selon la région) | Écureuils, rats, plus grands mammifères, pics, etc. | Dégâts répandus | 1-2 |
| Foreur des cabosses (CPB) | Conopomorpha cramerella | Asie du SE | 1 |
| Trachéomycose (VSD, pour « Vascular streak die-back ») | Ceratobasidium (=Oncobasidium) theobromae [4] | Asie du SE | 1 |
| Autres maladies, y compris : | Plusieurs sp. dont : | Variable selon l’espèce | 3 |
| - maladies des racines | Ceratocystis & Rosellinia spp | Variable selon l’espèce | 3 |
| - maladies des cabosses secondaires | Lasiodiplodia (=Botryodiplodia) theobromae | Variable selon l’espèce | 3 |
| Insectes ravageurs du cacaoyer, y compris termites, foreurs de tiges, etc. | Plusieurs sp. dont : Zeuzera sp. (Asie du SE) Eulophonotus sp. (Afrique) | Localement sérieux dans de nombreuses régions cacaoyères. | 2-3 |
| Insectes ravageurs du cacaoyer, y compris termites, foreurs de tiges, etc. | Bathycoelia thalassina | Afrique o. | 1-2 |
| Insectes ravageurs du cacaoyer, y compris termites, foreurs de tiges, etc. | Carmenta theobromae | Amérique latine | 2 |
| Parasites du jeune cacaoyer | Nombreuses sp. - souvent polyphages | Répandu | 2 |
| Adventices (notamment chez le jeune cacaoyer) | Nombreuses spp (y compris le gui sur les arbres matures) | Répandu | 2 |
| Insectes parasites des stocks: | Nombreuses sp. dont : | ||
| - coléoptères | Cryptolestes ferrugineus, etc. | Répandu | 1 |
| - mites du cacao | Ephestia spp. | Répandu | 1 |
Tableau 1.2 Liste des ravageurs du cacao contre lesquels des pesticides sont éventuellement utilisés actuellement (sources sectorielles et observations de l’auteur).
Légende :
1 : Usage commun (mais pas nécessairement répandu) de pesticides – dépend souvent de la situation économique de l’exploitant.
2 : Usage localisé de pesticides (éventuellement régulier si le cacao est cultivé à une échelle commerciale).
3 : Usage de pesticides rare, inefficace ou expérimental : des techniques de culture et d’autres méthodes de contrôle sont recommandées.