1.4 Acteurs

L’industrie cacaoyère encourage l’utilisation de la LAI et les techniques de culture (élimination des portions affectées de la plante, etc.) constituent la première ligne de défense – la plus éprouvée et rentable – contre les maladies et les insectes, bien que la manière dont les méthodes de lutte sont appliquées par les exploitants est souvent médiocre. La production cacaoyère fait appel à des pesticides dans certaines circonstances (le plus souvent dans la catégorie 1 du tableau ci-dessous) La partie comestible des fèves, c’est-à-dire les « amandes », est enveloppée dans une coque qui recouvre la fève, qui est à son tour protégée par l’écorce de la cabosse jusqu’à la récolte, ce qui rend la contamination par les pesticides moins probable, sauf si l’on utilise des pesticides systémiques ou si les fèves sont contaminées au cours de la récolte ou du séchage.

Les deux principales parties prenantes sont évidemment les producteurs de cacao et les consommateurs, ces derniers étant de plus en plus nombreux. Comme indiqué dans l’ouvrage très utile de Hamilton & Crossly [1], le débat sur les pesticides fait intervenir plusieurs intervenants qui ont chacun leurs propres priorités :

Participants

  • L’industrie agrochimique (aujourd’hui souvent appelée des « sciences de la vie ») : composée principalement d’une demi-douzaine de multinationales axées sur la recherche qui ont lourdement investi dans de nouvelles technologies (et qui souhaitent protéger leurs investissements au moyen de brevets et d’accords de confidentialité). Ces sociétés fournissent aux autorités gouvernementales des données obligatoires pour démontrer que leurs produits sont efficaces et sans danger.
  • Les sociétés qui fabriquent des produits « génériques » bénéficient aux exploitants agricoles en faisant baisser le prix des produits agrochimiques à l’expiration du brevet correspondant (composés « hors brevet »). Dans certains pays, ces sociétés appartiennent ou sont soutenues par l’État. Le grand public ne se rend pas toujours compte que les intérêts de ces entreprises (et ceux de leurs forces de ventes respectives) peuvent différer de ceux des sociétés axées sur la recherche.
  • Les associations de consommateurs et militants : les inquiétudes qu’elles expriment sont souvent partagées par le grand public, mais elles risquent parfois d’être prises hors contexte. La pionnière en la matière a été Rachel Carson, dont l’ouvrage Printemps silencieux (1962) a attiré l’attention sur les dangers désormais largement admis de l’utilisation sans restriction des pesticides plus anciens. L’argument avancé par certains est que le maintien du profil de ces associations repose sur des « révélations régulières de la présence de résidus nocifs dans des denrées alimentaires ».
  • Les médias ont pour but de vendre des journaux ou des espaces publicitaires à la télévision, et se penchent en priorité sur des événements hauts en couleur et en sensations. On est en droit de se demander s’il est dans leur intérêt de présenter une position entièrement objective de tels événements, et les présentateurs orientent souvent le débat.
  • Les gouvernements nationaux (et, de plus en plus, des organisations internationales telles que l’Union européenne) doivent jongler entre ces divers intérêts et produire un cadre législatif approprié pour les divers acteurs mis en jeu. Par exemple, des documents publiés (sur Internet et par d’autres supports) par la Direction de la santé et de la sécurité du Royaume-Uni (HSE, ex-Direction de la sécurité des pesticides, PSD) soulignent que ce cadre légal doit « reposer sur des faits ». Les gouvernements constituent par ailleurs une source majeure de soutien pour...
  • Les chercheurs scientifiques, qui « déposent des demandes de subvention de recherche [et] peuvent tenter d’influencer les organismes de financement en faisant paraître des communiqués de presse spécialement conçus à des moments soigneusement sélectionnés ou d’accorder une importance exagérée à un problème de sécurité dans le but d’obtenir un soutien financier ».

Les intervenants de la chaîne d’approvisionnement en cacao et l’industrie chocolatière peuvent donc s’attendre à recevoir des conseils divers en la matière ! Néanmoins, des décisions doivent maintenant être prises à la lumière des récents développements réglementaires, mais sur la base de connaissances incomplètes sur les pesticides en question.

[1] Hamilton D, Crossly S (Eds. 2004) Pesticide residues in Food and drinking water: Human exposure and risks. Wiley & Sons Ltd, Chichester, England, 363 pp.