5.1.1 Risques aigus et sécurité de l’opérateur

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) gère un système de classification des risques aigus des pesticides qui est reconnu à l’échelon international. Dans ce système, les pesticides sont répartis en fonction de leur dose médiane létale (LD50) en diverses catégories, qui vont de la classe I (les plus toxiques) jusqu’aux composés « non classés » (probablement non nocifs durant une utilisation normale). Chaque classe est séparée par une multiplication par 10 de la plage des doses (en mg/kg de poids corporel).

Selon le système de l’OMS, le risque associé à des formulations solides est quatre fois plus faible que celui associé à des liquides. La classification a été élargie par l’EPA (Environmental Protection Agency des États-Unis), qui reconnaît également les effets produits par inhalation et la sensibilisation oculaire et cutanée. Ces classifications devraient reposer sur les formulations (quand cette information est disponible), mais il est malheureusement souvent difficile d’obtenir une information détaillée sur des produits individuels et un grand nombre des entrées qui figurent dans le Pesticide Manual [5] sont estimées à partir des valeurs déterminées pour les IA. Les États membres de l’UE évaluent chaque produit individuellement et, si nécessaire, leur assignent l’un des neuf symboles de danger et plusieurs niveaux d’avertissement [1] ; ce système a également été adopté par l’Organisation internationale du Travail.
 

i. Classification de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)

Classe   Solides Voie orale Solides Voie cutanée Liquides Voie orale Liquides Voie cutanée
Ia Extrêmement dangereux <= 5 <= 10 1.75 (1.71) III
Ib Très dangereux 6-50 11-100 21-200 41-400
II Modérément dangereux 51-500 101-1000 201-2000 401-4000
III Légèrement dangereux >= 501 >= 1001 >= 2001 >= 4001
(U) Ne représente probablement pas un danger aigu durant une utilisation normale >= 2000 - > 3000 -

(DL50 chez le rat, en mg/kg de poids corporel, des formulations pour lesquelles cette information est disponible)
 

ii. Système de classification de l’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis

Classe Pour toute formulation : DL50 (mg/kg)   Inhalation : CL50 (mg/l) Effets oculaires Effets cutanés
  Voie orale Voie cutanée      
I <= 50 <= 200 <= 2 Corrosif, opacité cornéenne non réversible en l’espace de 7 jours Corrosif
II 51-500 201-2000 0.2-2 Opacité cornéenne non réversible en l’espace de 7 jours, irritation persistante pendant 7 jours Irritation sévère à 72 heures
III 501-5000 2001-20,000 2-20 Pas d’opacité cornéenne, irritation réversible en l’espace de 7 jours Irritation modérée à 72 heures
IV > 5000 > 20,000 > 20 Pas d’irritation Irritation mineure ou légère à 72 heures

Dans certains pays, la classification de la toxicité est illustrée par une bande ou un triangle codé couleurs qui indique le risque associé au produit. Cette approche est excellente, mais malheureusement pas universelle.

En résumé, les exploitants et les opérateurs qui n’ont pas accès à un équipement de protection approprié devraient respecter les consignes suivantes :

Classe dangereux utiliser
Pesticides de Classe I extrêmement/très dangereux NE PAS UTILISER
Pesticides de Classe II modérément dangereux À utiliser avec un soin particulier
Pesticides de Classe III légèrement dangereux À utiliser avec grand soin
Pesticides de Classe IV/non classés danger peu probable À utiliser avec un minimum de soin

Certains groupes de pression, y compris le Global IPM Facility (programme soutenu par la FAO et par d’autres organisations qui travaillent en collaboration avec les Champs Écoles Paysans) ont suggéré que les produits de Classe I et II devraient être retirés du marché général, car il est peu probable que les petits exploitants agricoles utilisent un équipement de protection personnelle (EPP) approprié. Avec le développement de nouveaux produits insecticides, l’utilisation de pesticides de Classe I peut être justifiée tout au plus dans un nombre très limité de cas, et encore moins pour faire face à des problèmes culturaux rencontrés dans de petites exploitations. Des complications pourraient toutefois survenir si les produits de Classe II étaient retirés immédiatement. Ce problème concerne en particulier les insecticides, pour lesquels il est souvent nécessaire de mettre sur pied des stratégies de gestion de la résistance qui font intervenir l’utilisation de différents groupes de composés en alternance. Un processus de restriction/retrait progressif des composés les plus dangereux peut donc se montrer plus approprié en attendant des produits plus sûrs deviennent disponibles.

Le règlement CE 1272/2008 [2], du Parlement européen et du Conseil, fournit une base harmonisée pour la classification, l’étiquetage et le conditionnement des substances et des mélanges, comprenant par exemple des pictogrammes, comme indiqué ailleurs dans ce manuel. Les directives initiales qu’il a remplacées, 67/548/CEE et 1999/45/CE, ont été abrogées le 1er juin 2015 et le règlement (CE) nº 1907/2006 [3], concernant l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances (REACH) et créant une Agence européenne des produits chimiques, a également été amendé. Comme pour les IA, les listes restreintes de substances REACH sont régulièrement mises à jour et les annexes sont modifiées, une révision ayant eu lieu en 2021 [4].

[2] CE 1272/2008 de16 Decembre 2008: https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2008/1272/oj   (accessed 20/6/2015)

[3] Regulation (EC) No 1907/2006 concernant l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances (REACH), instituant une agence européenne des produits chimiques, (18 Decembre 2006):  http://data.europa.eu/eli/reg/2006/1907/oj   (accessed 20/6/2015)

[5] ICCO Quarterly Bulletin of Cocoa Statistics. Volume XLVII No.2, Cocoa Year 2020/21